Tri du 1733 : deux points de blocage qui menacent l’accessibilité aux soins

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Tri du 1733 : deux points de blocage qui menacent l’accessibilité aux soins

Le fonctionnement du 1733 continue de susciter le mécontentement des médecins généralistes et font l’objet d’échanges importants avec les autorités. Lors du Congrès du CMG 2025, deux points précis ont engendré un débat avec le ministre de la Santé, Frank Vandenbroucke. Ces discussions illustrent la nécessité d’un ajustement du dispositif afin de garantir une accessibilité durable et de qualité aux soins.

Le débat autour du numéro 1733 ne porte pas uniquement sur des questions organisationnelles. Il touche au cœur même de l’accessibilité aux soins, de la qualité de la médecine générale et du respect du rôle du médecin généraliste.

N7 la veille d’un jour ouvrable : un choix organisationnel au service du patient

Lorsqu’un appel est classé N7 (réponse attendue dans les 12h) la veille d’un jour ouvrable, il semble évident, pour la FAGW, que le patient doit être orienté vers son médecin traitant le lendemain. Le Manuel Belge de Régulation Médicale (MBRM) stipule que le niveau d’urgence 7 s’applique aux situations peu urgentes qui « ne mettent pas en danger la vie du patient et dont la prise en charge médicale peut être différée, sous forme de consultation médicale, sans causer préjudice au patient ». 

Il semble plus pertinent, pour la qualité globale des soins, qu’un médecin récupère quelques heures de sommeil la nuit afin de pouvoir voir plusieurs dizaines de patients le lendemain, plutôt que d’en voir deux la nuit.

Cette approche permet :

  • de préserver le repos du médecin de garde,
  • d’assurer une meilleure disponibilité médicale en journée. 
  • de favoriser une prise en charge globale et cohérente par le médecin traitant.

Lorsque l’on a abordé ce sujet au Congrès du CMG des 21 et 22 novembre derniers, le ministre Frank Vandenbroucke a qualifié cette position « d’abdication ». Cette lecture est profondément erronée. Il ne s’agit en aucun cas de renoncer à notre mission, mais au contraire de faire un choix responsable pour préserver l’accessibilité aux soins là où elle est la plus pertinente. 

En préservant les forces médicales la nuit, on garantit une meilleure accessibilité en journée, moment où les besoins médicaux sont réels et nombreux. Accepter une légère diminution d’accessibilité nocturne pour une demande non justifiée, c’est garantir une accessibilité bien plus large et qualitative en journée, chez le médecin traitant. C’est un choix médical, pas un renoncement politique.

Rappel téléphonique systématique des N7 : une clarification nécessaire

La demande d’un rappel téléphonique systématique par un médecin pour les appels classés N7 soulève également des questions. Le ministre Vandenbroucke a clairement expliqué que le 1733 est un outil d’orientation, et non un tri médical qui offrirait une évaluation clinique ou un diagnostic. Dans ce cadre, il demande aux médecins généralistes de rappeler systématiquement les patients triés en N7. D’après lui, ce travail pourrait être pris en charge par 2 médecins pour toute la Wallonie.

Or, d’après la FAGW, imposer un rappel systématique reviendrait à confier aux médecins un rôle de supervision des centrales d’appel, sans cadre clair, sans reconnaissance de cette fonction et sans financement adapté. Si une telle supervision médicale est jugée nécessaire, elle devrait être organisée par les autorités compétentes en engageant des médecins au sein des centrales elles-mêmes. Il est irréaliste de demander à un médecin de se lever à 4h du matin pour « vérifier » un tri N7 pour une rémunération dérisoire (la seule solution de financement actuellement serait une consultation téléphonique faiblement rémunérée et sans supplément de nuit).

Par ailleurs, cette exigence introduit une incohérence dans la chaîne de soins, puisque des décisions plus lourdes (ambulance, PIT) ne font pas l’objet d’un rappel médical systématique. Cette différence de traitement est difficilement justifiable et témoigne d’un manque de reconnaissance du professionnalisme des médecins généralistes.

Pour une concertation constructive

Le débat mené lors du Congrès du CMG 2025 prouve qu’un dialogue est indispensable et qu’il faut poursuivre une concertation constructive entre les autorités et les médecins généralistes, au bénéfice des patients et du système de soins dans son ensemble.

En affirmant notre point de vue autour du N7, nous voulons défendre une médecine générale accessible et durable, une utilisation rationnelle des ressources médicales, une prise en charge globale du patient grâce à son médecin traitant. Forcer une prise en charge nocturne inutile et imposer des rappels téléphoniques systématiques ne renforcent ni la sécurité des patients, ni l’accessibilité aux soins. Cela fragilise au contraire un système déjà sous tension.